Les évaluations physiologiques

Contexte

Lorsqu’on parle de nouvelles technologies d’assistance physique, on attend forcément des chiffres à propos d’un potentiel bénéfice. A vrai dire, il peut parfois être compliqué de s’avancer sur de réels gains étant donné l’immense variété de situations de travail auxquelles peuvent être confrontés deux opérateurs différents, exerçant le même métier. Notons que ces bénéfices sont aussi variables en fonction des individus.

La plupart des données objectives que vous trouverez concernent souvent des évaluations effectuées en laboratoire, et donc en situation de travail simulée. Ces résultats sont importants puisqu’ils permettent de faire avancer la recherche et ainsi le développement de nouvelles technologies, ils ne reflètent néanmoins pas toujours la réalité de votre activité.

En France et à l’étranger, des instituts comme l’INRS (Institut National de Recherche et Sécurité) travaillent depuis plusieurs années à alimenter la réflexion, à la fois sur les questions d’acceptabilité, mais aussi concernant des données plus objectives grâce à des évaluations réalisées en laboratoire.

La commission d’experts de l’AFNOR (Agence Française de Normalisation), dont HMT fait partie, travaille actuellement sur une norme d’application volontaire qui évoquera notamment ces évaluations. L’accord Z68-800, publié en 2017, est en quelque sorte un mode d’emploi permettant de comprendre comment évaluer l’interaction de ces technologies avec l’humain.

Quel intérêt ?

Pour répondre à cette question, il convient de distinguer deux types d’évaluations, celles réalisées en laboratoire, et celles réalisées en situation réelle de travail.

Les premières ont pour intérêt principal de faire avancer la recherche scientifique. Elles tendent à vérifier certaines hypothèses afin d’informer le grand public des bienfaits ou des risques à connaitre avant de penser à s’équiper. Elles peuvent aussi être réalisées par les fabricants eux-mêmes afin de vérifier ou de creuser certains axes de développement. Elles sont malheureusement utilisées parfois à tort par certains, tels des arguments marketing, qui ne sont en réalité par transposables à d’autres situations que celle ciblée dans l’expérimentation. Elles sont aussi obligatoires pour obtenir une certification « dispositif médical » sur certains dispositifs par exemple.

Les évaluations « in situ », ont pour intérêt de prouver l’efficacité d’un dispositif sur une situation de travail donnée, afin d’en valider la potentielle acquisition par exemple. Elles peuvent être réalisées par des laboratoires, par des entreprises indépendantes, ou directement par les ergonomes ou services de santé.

Comment ?

Quel que soit le type d’évaluation, il convient de rédiger un protocole strict, respectant la rigueur scientifique, dans lequel seront notamment évoqués les spécificités de la situation de travail ciblée, les différentes hypothèses, le matériel, la méthode d’acquisition et d’analyse, l’échantillon de population, etc.

Afin de valider ou d’invalider certaines hypothèses, il convient de contrôler un maximum de paramètres. Les échantillons doivent être suffisamment importants pour permettre de conclure quant à des résultats significatifs.

Les méthodes d’évaluations objectives (électromyographie, coût cardiaque, chronogrammes, etc.) sont parfois préférées aux méthodes d’analyse subjectives (entretiens, questionnaires, observations, etc.). Concernant ces nouvelles technologies d’assistance physique, même s’il serait effectivement tentant de tout résumer à des mesures objectives, qui peuvent parfois sembler plus concrètes, il est toujours préférable et plus pertinent de coupler les deux méthodes. On parle en effet ici de dispositifs qui ont vocation à être portés par l’humain, pour lesquels le ressenti est un aspect essentiel de l’acceptation.

Quelles limites ?

Il peut parfois être très compliqué pour une entreprise de mettre en place des protocoles scientifiques. Les ressources, tant en matière de connaissances que de temps, ne sont pas toujours suffisantes pour mener ces expérimentations en interne.

Les expérimentations effectuées en laboratoire sont très importantes pour la recherche et le développement, mais elles ne peuvent pas être représentatives de toutes les activités. Il convient donc parfois de réaliser des expérimentations « in situ ». Or il est souvent complexe de contrôler tous les paramètres de l’activité réelle ou bien même de rassembler un nombre de sujets assez intéressant pour en tirer des conclusions significatives.

Le matériel scientifique représente un coût financier non négligeable. Les méthodes objectives d’évaluation sont donc difficilement accessibles à toutes les entreprises.

Une solution intermédiaire pour vos projets d’intégration de dispositifs d’assistance physique peut-être de commencer à évaluer de manière subjective les questions d’acceptabilité et d’acceptation. Le document INRS TF 274 (« Processus d'acceptabilité et d'acceptation des exosquelettes : évaluation par questionnaire » WIOLAND L., DEBAY L., ATAIN- KOUADIO JJ. – 2019) semble apparaître comme un bon compromis pour commencer votre processus d’évaluation de l’intégration d’un dispositif d’assistance physique. Il ne doit en revanche pas remplacer l’analyse et la compréhension préalable du besoin.